A propos d'un très bon article sur le mouvement Striketober

01/02/2022

travail
Nous avons lu un super article sur le mouvement "Striketober" dans The Brooklyn Rail

La militante syndicale Marianne Garneau revient sur les grèves de cet automne aux États-Unis. On pense aux mobilisations qui ont secoué les institutions culturelles (le Whitney Museum, notamment) pendant la pandémie.

L'autrice rappelle les particularités de la grève aux États-Unis : un syndicalisme de métier très fragmenté (peu de luttes sectorielles, encore moins interprofessionnelles), un droit complexe et restrictif, de nombreux contrats contenant des no-strike clauses, une technocratisation des négociations et un éloignement de la prise de décision des lieux du travail.
"Grassroots forms of worker action were replaced by orderly bargaining and grievance handling, away from the shop floor, and increasingly dependent on professional staff."

"Striketober" n'a pas été un mouvement remarquable par la quantité de jours de grève ou le nombre de travailleur·ses à l'arrêt, mais par le renouvellement des méthodes d'organisation et sa contagiosité d'une entreprise à l'autre, voire d'un secteur à l'autre.

Pour Marianne Garneau, l'important n'est pas le nombre de jours de grève ou de gens qui débrayent mais la façon dont se revivifient l'action collective et les méthodes d'auto-organisation. En clair, ce ne sont pas les statistiques qui comptent (de toute façon, elles restent assez faibles par rapport aux grèves du XIXe siècle ou des 30's), mais la pratique. C'est par la transcription dans les actes d'une espèce de conscience de classe et par l'éducation politique que se construisent les avancées sociales.

Pas la peine de regarder les compteurs en espérant qu'ils vont s'affoler par enchantement « parce que les conditions sont réunies », nous dit l'autrice. C'est de la pratique et d'un patient travail d'organisation que viendra une éventuelle montée des grèves débouchant sur des victoires. Contre la rêverie d'une harmonisation automatique de luttes spontanées parce que ce serait « le bon moment », Marianne Garneau nous rappelle l'importance d'une redynamisation des mobilisations par la base et de la transmission de l'histoire ouvrière et des méthodes d'organisation : "The United Electrical Workers and Democratic Socialists of America (DSA) set up the “Emergency Workplace Organizing Committee” (EWOC) to coach non-unionized workers through the process of coming together as a workforce to make demands. That’s because, contrary to “Striketober” commentary, abysmal conditions are not enough to make workers spontaneously fight and win. One EWOC organizer I spoke to estimated that probably 80 percent of workers who actually get to the point of forming a committee and taking action do win. The problem is how few of them get to that point. Collective action is not automatic or natural."

Se parler sur les lieux de travail, s'organiser, se découvrir des conditions et des objectifs communs, s'apprendre ce que l'on sait, c'est la base. Nos rémunérations et nos droits ne dépendent ni de la nature de nos activités ni de la bonne santé financière (ou pas) de nos diffuseurs/employeurs ou de notre secteur professionnel, mais de notre niveau de conscience et de notre capacité d'action. Ça vaut bien sûr pour tous les types de luttes, pas seulement pour celles au travail : "Likewise, in a workplace, what you can wrest out of an employer has to do with how organized you are, not how healthy profits are."

Ces réflexions nous renvoient au mouvement Art en grève qui a tenté de façon bordélique et avec des limites évidentes de mettre en œuvre des idées proches de celles-ci.

Comme le disait un fameux graffiti en 2016 : continuons le début !

L'article ici